« 28 décembre 1848 » [source : MVH, 8140], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5052, page consultée le 05 mai 2026.
28 décembre [1848], jeudi après-midi, 1 h. ¾
Je suis un peu en retard, avec vous, mon adoré, c’est une représaille involontaire de tous ceux dont vous êtes coupable envers moi. Malheureusement cette vengeance me coûte beaucoup plus cher qu’à vous, aussi j’en use très sobrement et à mon cœur défendant. Il paraît que vous n’avez pas trouvé une pauvre petite minute hier entre l’Assemblée et la girardinerie1 pour votre vieille Juju ? Je l’avais prévu, vous me l’aviez dit cependant j’en ai été triste comme si j’avais compté sur votre chère petite frimousse à coup sûr. Aujourd’hui nous allons, nous devons aller à l’Académie ? Est-ce qu’il n’est pas bientôt l’heure de te mettre en route. À moins que votre banquet socialiste ne s’y oppose. J’espère que je vais avoir tout à l’heure l’HEURE de vous voir. Quel BONNE HEURE ! Tâchez que ce soit tout de suite et je vous pardonnerai peut-être votre absence d’hier.
Juliette
1 Néologisme créé à partir du nom d’Émile de Girardin.
« 28 décembre 1848 » [source : MVH, 8141], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5052, page consultée le 05 mai 2026.
28 décembre [1848], jeudi après-midi, 2 h. ¼
Je t’attends, je t’aime, je bisque, et voilà. Quand tu voudras que ce soit autrement tu t’en dépêcheras, tu m’aimeras et tu me baiseras jusque-là. J’ai le droit d’être grognon et maussade et j’en use. Mon Victor aimé, mon adoré bien-aimé, je suis grognon, mais je t’aime, je suis maussade mais je t’adore. Je suis malheureuse mais je te souris. Je suis souffrante mais je te porte, quand tu voudras je serai très aimable, très gaie et très heureuse. Tout ce que je peux faire à moi toute seule c’est de t’aimer et Dieu sait si je le fais en conscience. Eugénie vient de venir me voir et tout de suite je lui ai donné de l’ouvrage. Elle me raccommode mes gants et ce n’est pas une petite besogne. Mais tout cela ne me distrait pas de mon idée fixe. Je veux vous voir, je veux voir Toto, Toto, Toto, qu’on me donne Toto ou la mort. Tant qu’on n’aura pasa satisfait à ce besoin effréné je ne serai pas contente et je crierai de toutes mes forces Toto, Totooooooob.
Juliette
a « Tant qu’on aura pas ».
b Les o courent tout au bout de la ligne
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
